Un dossier prometteur au sujet de cette nouvelle plante ...
Au Pérou, la maca est transformée de plusieurs façons :
crue, cuite ou séchée. Avec la maca, les Péruviens préparent
des biscuits, des gâteaux, des chips, et des boissons.
La maca n'est pas un médicament, mais peut être commercialisée
comme complément alimentaire. C'est une source alimentaire de
qualité supérieure. Le tubercule est utilisé depuis des
milliers d'années par la population locale. À présent, les
Péruviens utilisent encore la maca comme source alimentaire.
Mais aussi au-delà des frontières du pays, la maca est
maintenant connu, tant en Amérique du Sud et du Nord qu'en
Europe.
La maca est surtout connue sous le nom de « ginseng
péruvien » ou « viagra
péruvien », parce que cette plante stimulerait la libido,
tant chez les hommes que chez les femmes après huit semaines
de consommation régulière. La maca permet également de lutter
contre la stérilité masculine en
améliorant la qualité du
sperme
[2]. Il n'y
a aucun effet secondaire connu.
- des rats auxquels ont été administrés des alcaloïdes
extraits de maca ont permis de constater un accroissement de
la spermogenèse, une maturation folliculaire accélérée ainsi
qu'une progéniture accrue.
- des cochons d'Inde alimentés en
maca pulvérisée
ont vu leur fertilité et leur progéniture augmenter de 100
%.
- des moutons ayant ingurgité 80 grammes de maca par jour
pendant deux semaines produisaient des spermatozoïdes en plus
grand nombre et d'une plus grande mobilité.
Les effets positifs de la maca sur la fertilité ainsi que son
influence sur la frigidité et l'érection pourraient être
attribuées à la prostaglandine et aux esters
présents dans le tubercule. En outre, on prête à la maca des
vertus préventives du cancer, ce qui pourrait s'expliquer par
la glucosine et le benzyle isothiocyanate.
Désormais, l'industrie pharmaceutique s'intéresse à cette
plante dont elle assure la distribution, en conformité avec
les normes applicables aux médicaments, sous forme de cachets
et d'extraits.
LA MACA, UNE CULTURE MILLENAIRE
D’ALTITUDE
par
K. Kusiqoyllur Humala-Tasso et Pierre-Olivier
Combelles
(article publié dans "Pour la Science" n°311,
septembre-octobre 2003, pp. 25-39 )
La maca est une des rares plantes cultivées au-dessus de
4000 mètres d’altitude, sur les hauts plateaux des Andes
centrales du Pérou. Elle y est exploitée depuis plus de
5000 ans. K. Kusiqoyllur Humala-Tasso montre ici
un échantillon de la première récolte de maca en Bolivie,
réalisée à son initiative et sous sa direction, à la
station expérimentale de la faculté d'Agronomie de
l'Université Mayor de San Andrés (La Paz, Bolivie), à
Bélen, près du lac Titicaca (26 avril 2000). A
l'arrière-plan, l'Illampu, l'un des plus hauts sommets de
la Bolivie.
"Dans la seule province de Chinchaycocha, diocèse de Lima,
se trouve la racine nommée maca dans la langue des
naturels de cette terre. Cette plante naît dans la partie
la plus âpre et la plus froide de la montagne, où ne
pousse aucune autre plante cultivée pour l’alimentation
des hommes ; aussi, il semble que cette racine est un don
que Dieu a fait aux Indiens de cette province pour qu’ils
ne restent pas sur cette terre sans en tirer quelque
aliment venant d’elle. La maca leur sert de pain, fraîche
et sèche, ainsi qu’ils la conservent toute l’année. La
plante est petite et ne s’élève du sol que d’une palme ;
la feuille est très menue et la racine est de la taille et
de la forme d’une poire sauvage, blanche comme un navet à
l’intérieur et après avoir été séchée elle devient
beaucoup plus petite et très semblable aux petites poires
sèches ; elle est douce et de bon goût ; ainsi conservée
sèche, on la mange cuite à l’eau ou au four. […] En se
nourrissant avec cette racine, les naturels ne diminuent
pas leur nombre comme dans les autres provinces du Pérou,
mais se multiplient chaque jour plus. […] "
Telle est, abrégée, la description que donne le père Cobo
de la maca dans son Histoire du Nouveau monde en 1653.
C’est la plus complète et la plus intéressante de toutes
les mentions de la maca dans le récits des voyageurs et
des chroniqueurs depuis l’arrivée des Espagnols dans la
région, en 1532. Après avoir présenté cette plante, la
région du lac Chinchaycocha où elle pousse et ses usages,
nous examinerons les indices archéologiques qui montrent
qu’elle y est utilisée depuis la préhistoire.
La maca (Lepidium meyenii Walpers, une Crucifère
ou Brassicacée) est une plante herbacée annuelle vivace,
sans tige apparente, dont les feuilles forment une rosette
aplatie sur le sol. Sa racine de forme arrondie, blanche,
crème, pourpre ou grise selon les variétés, constitue la
partie comestible de la plante. Le goût de la maca
ressemble à celui du caramel ou du café au lait.
QUAND RIEN D’AUTRE NE POUSSE
La maca est la dernière des cultures andines, entre 3900
et 4350 mètres d’altitude, avant les escarpements rocheux
et stériles des cordillères (janca) et les neiges
éternelles. Son aire d’origine est la région du lac
Chinchaycocha (ou lac Junín), au centre d’un vaste
haut-plateau situé entre la cordillère occidentale et la
cordillère orientale des Andes centrales du Pérou. Une
steppe de graminées, la pampa, recouvre ce plateau formé
d’anciennes alluvions glaciaires. Lorsqu’ils ne
travaillent pas à la mine, les habitants (indiens quechua
métissés) vivent de l’élevage (des bovins, des ovins, des
lamas et des alpacas ou encore des chevaux), de
l’exploitation de la laine des vigognes (camélidés andins
sauvages) de l’agriculture et du commerce. Ils cultivent
aussi la pomme de terre amère (que l’on déshydrate pour
faire le " chuño ", aliment traditionnel des populations
des hauts-plateaux andins) ainsi que l’avoine fourragère
pour les animaux domestiques.
La maca n’est consommée fraîche qu’au moment de la
récolte. On choisit alors les racines les plus petites et
on les fait cuire à l’étouffée dans un trou creusé dans le
sol. Les macas récoltées sont mises à sécher au soleil :
elle durcissent et peuvent alors être conservées pendant
des années. Pour préparer la maca sèche, on la met à
tremper pendant au moins une journée, puis on la fait
cuire à l’eau. On la consomme telle quelle ou mixée avec
du lait, du miel et d’autres ingrédients.
Depuis quelques années, on prépare aussi des liqueurs, des
nectars, des confitures, des galettes, des bonbons, de la
farine et même des gélules " revitalisantes " destinées à
l’exportation, car, en plus d’être nourrissante et d’avoir
bon goût, la maca a la réputation d’être aphrodisiaque et
de favoriser la procréation. Elle est traditionnellement
utilisée contre les maux féminins, telles les bouffées de
chaleur, la fatigue et les sautes d’humeur. Elle aide à
combattre l’anémie, car elle est riche en fer
DE LA MACA SAUVAGE À LA MACA CULTIVÉE
À partir de quelle plante la maca a-t-elle été domestiquée
? La maca appartient au genre Lepidium qui compte 150
espèces dont 15 sont originaires des Andes. L’espèce
sauvage Lepidium meyenii Walpers pousse dans
certains endroits de la puna des Hautes Andes de Bolivie,
vers 4000 m d’altitude. La plante est beaucoup plus petite
que la forme cultivée et la racine, bien que charnue, est
allongée. En aymara (langue des populations des
hauts-plateaux de Bolivie et du sud du Pérou) les
Lepidium sauvages portent le nom d’anoqara, où
ano signifie chien et qara signifie aigre. Le début du mot
fait référence à leur affinité pour les déjections des
chiens (et pour les engrais provenant des autres animaux
domestiques). On rencontre les Lepidium le long
des chemins et des routes, sur les trottoirs des villages
et même des villes (à La Paz, par exemple), autour des
habitations et des fermes, dans les fissures des murs,
dans les enclos de pierre pour le bétail et parmi les
cultures. Les espèces les plus communes (L.
chichicara et L. bipinnatifidum) sont
réputées pour leurs vertus médicinales. Les feuilles
fraîches bues en jus ou en infusion sont utilisées comme
vermifuge. On en fait aussi des compresses hémostatiques.
On trouve des formes spontanées de maca dans les anciens
champs laissés en jachère ou à proximité. Elles sont
nommées " macas clavo " (macas en forme de clou) : au lieu
d’être renflée, leur racine est longue et mince comme chez
la forme sauvage. Fleurissant et fructifiant année après
année, la plante épuise les réserves de sa partie
souterraine et régresse. Cette réversibilité est
caractéristique des plantes en voie de domestication. En
effet, chez les plantes totalement domestiquées, les
caractères acquis (tel le développement de la partie
souterraine) sont irréversibles. La maca cultivée ne doit
le développement de sa racine qu’à la sélection humaine
mais ce caractère n’est pas fixé génétiquement. Elle est
polyploïde, contrairement aux espèces sauvages de
Lepidium.
Depuis combien de temps la maca est-elle cultivée? Un peu
partout autour du lac Chinchaycocha, des traces de sillons
marquent le sol d’un léger relief ondulé. Ces sillons sont
toujours parallèles aux courbes de niveau, contrairement à
ceux de la pomme de terre amère, qui suivent la ligne de
plus grande pente. Selon les habitants de la région, il
s’agit d’anciens champs de maca abandonnés depuis très
longtemps...
À Huamanripa, à l’ouest du village d’Ondores, dans les
montagnes qui entourent le lac Chinchaycocha, nous avons
découvert que deux familles cultivent encore la maca selon
cette antique technique des sillons. Le champ qu’ils
cultivaient se trouvait sur une crête, à 4330 mètres
d’altitude. Tout autour, sur les pentes des montagnes, on
pouvait voir les traces d’anciens sillons de maca, tous
parallèles aux courbes de niveau. Ce champ n’avait pas été
cultivé depuis 40 ans et les paysans avaient réutilisé les
sillons existants. Mesurant un mètre de large, ces sillons
sont constitués d’une partie surélevée arrondie de 20
centimètres de hauteur environ et d’une partie basse. Les
macas avaient été semées indifféremment sur les parties
hautes et basses, puis recouvertes de fourrage pendant les
trois premiers mois (de septembre à novembre) pour
protéger les plantules. Le champ avait été fertilisé avec
un mélange de terre noire et de cendres. Les macas
récoltées étaient pourpres. Les paysans nous expliquèrent
qu’il faisait si froid à Huamanripa que seule la maca
pouvait être cultivée, la pomme de terre amère n’y
poussant pas. Cette particularité corrobore le témoignage
des chroniqueurs et des voyageurs d’autrefois, qui
affirment tous que la maca était la seule plante cultivée
dans la région du lac Chinchaycocha, à cause du froid
UN HERITAGE MILLENAIRE
Plusieurs découvertes archéologiques montrent que la maca
était cultivée, consommée et stockée par les populations
du lac Chinchaycocha avant l’arrivée des Espagnols. Des
restes de maca associés à des piments, des pommes de
terre, du chuño, à des os de lamas et des fragments de
céramique ont été découverts par l’archéologue péruvien
Ramiro Matos Mendieta, de l’Institut Smithsonian, dans les
silos de pierre servant au stockage des aliments (collcas)
qui s’alignent par dizaines sur le flanc de la montagne à
Shongoymarca et à Chakamarka, près du lac Chinchaycocha.
Le complexe de silos de Shongoymarca dépendait de Pumpu,
une grande cité abandonnée par les Incas après la conquête
de la région par les Espagnols, aujourd’hui en ruines au
bord de la rive nord du lac. Des restes carbonisés de
macas ont aussi été découverts en 1982 par les
archéologues français Claude Rozenberg et Elisabeth
Bonnier (IFEA) dans trois sites préhispaniques au sud-est
du lac.
Toutefois, les restes les plus anciens ont été découverts
en 1980 par les archéologues John Rick et Deborah M.
Pearshall, de l’Université de Stanford, dans la grotte de
Panalauca, à 4150 mètres d’altitude, au sud-ouest du lac.
267 fragments de maca ont été exhumés, dont les plus
anciens ont entre 7000 et 5000 ans. Les racines bulbeuses,
coniques, de très petite taille, sont semblables à celle
des macas cultivées aujourd’hui dans les " terres vierges
" (voir l’encadré page 00). Il s’agit probablement de
macas datant de la première étape de domestication de la
plante. En effet, leur forme ne ressemble à aucune des
espèces sauvages de Lepidium ou d’autres plantes présentes
dans les Andes.
Plusieurs facteurs ont probablement contribué au
développement de la racine de la maca au cours du
processus de domestication, la rendant propre à la
consommation : d’abord la sélection par l’homme
préhistorique de spécimens à racine charnue parmi les
Lepidium sauvages, puis la culture à l’aide
d’engrais animaux (camélidés, cochons d’inde, chiens) et
de techniques agricoles appropriées, puis la sélection
parmi les macas cultivées et enfin l’adaptation aux
conditions de la très haute altitude (développement de la
partie souterraine et réduction de la partie aérienne
exposée au vent, au gel et à la sécheresse, la polyploïdie
provoquant l’augmentation de la taille des cellules). La
domestication de la maca est probablement liée à celle des
camélidés (lama, alpaca) et des autres animaux domestiques
andins (cochon d’inde) au Néolithique.
La maca était cultivée à l’époque préhispanique sur des
centaines de kilomètres carrés autour du lac
Chinchaycocha, comme l’attestent les anciens sillons
visibles dans la pampa, mais cette culture a ensuite été
délaissée (une dizaine d’hectares seulement étaient
cultivés en 1980). Depuis les années 90, la maca est à
nouveau en vente sur les marchés. Elle occupe aujourd’hui
plus de 600 hectares dans la région du lac Chinchaycocha
et elle est cultivée dans plusieurs autres départements
des Andes du Pérou
LA TECHNIQUE DE CULTURE DE LA MACA
La maca est cultivée sur des "terres vierges" ou sur des
"terres continues". Dans le premier cas, on emploie une
parcelle qui n’a pas été cultivée depuis longtemps, en
général loin du village. Il n’y a pas d’autre engrais que
celui que les troupeaux de passage ont laissé. Après la
récolte, le terrain reste en repos pendant au moins dix
ans, car la maca épuise le sol. Le deuxième mode de
culture consiste à faire alterner, sur le même terrain en
général proche du village et grâce à l’apport d’engrais
animal ou chimique, la culture de la maca avec celle de la
pomme de terre amère ou de l’avoine fourragère.
Les semailles s’effectuent pendant la saison des pluies,
entre octobre et décembre, sur des terrains de faible
pente. La surface des parcelles paysannes ne dépasse pas
300 mètres carrés. Les paysans préparent le terrain dès le
mois de mars ou d’avril, lors des dernières pluies : ils
le nettoient pour le débarrasser des pierres et de la
végétation, puis le labourent à la pioche ou au tracteur
selon l’importance du champ et ils écrasent les mottes de
terre. Cette dernière opération s’effectue quelques jours
avant les semailles. Certains paysans utilisent encore la
guana, un outil traditionnel constitué d’une pierre de
forme circulaire percée d’un trou central pour le manche.
Le terrain doit être préalablement amolli par la pluie et
on prend la précaution de laisser quelques mottes de terre
pour favoriser la germination et pour éviter que le vent
n’emporte les graines. Les paysans mélangent les graines
avec de la terre fine afin d’assurer une distribution
homogène sur la parcelle. Ils font les semailles à la
volée, dans la matinée, lorsque le vent souffle moins
fort. Ils recouvrent les graines de terre en ratissant ou
en faisant piétiner le champ par un troupeau d’ovins.
Enfin, ils les couvrent avec des graminées sèches pour les
protéger des oiseaux et du gel.
La récolte a lieu au mois de juin, lorsque les feuilles
commencent à jaunir et avant l’arrivée des gelées de
juillet. Les macas sont arrachées à l’aide d’une binette
en fer et secouées contre l’outil pour faire tomber la
terre, puis lancées en tas sur un sac déplié sur le sol.
La production est de huit à dix tonnes par hectare.
Une partie de la récolte sert à la production des semences
: les meilleures racines sont stockées dans un lieu sombre
et humide jusqu’à l’apparition des premières pousses.
Ensuite, elles sont transplantées dans un sol fertilisé
avec de l’engrais animal. Au bout de cinq mois, la partie
aérienne fructifie. Elle est alors récoltée, mise à sécher
et stockée à l’abri pendant plusieurs mois. Fin juin, les
semences sont extraites des feuilles en frottant ces
dernières au-dessus d’un drap. Les semences de maca
coûtent assez cher (100 à 150 euros le kilogramme).